L’Atelier

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L’Atelier, c’est l’atelier du peintre, le lieu de vie où règnent souvent l’espoir, le bonheur de la création et de la réussite, mais où le doute, parfois, s’insinue dans la psychologie du personnage, surtout lorsqu’il est confronté au Poète, son confrère de création, ( et sa récréation) qui vient lui rendre visite, et à des heures indues.

Et c’est la confrontation entre les deux personnages forts, les médisances ou les compliments, les calomnies et les accusations compensées par les félicitations, les panégyriques, les éloges et les approbations ! Toiles et tableaux ou images littéraires, qui du poète ou du peintre aura la primeur des acclamations d’un public toujours exigeant ?

Un Peintre et ses disciples, un Poète et son Maître, des histoires de cœur, autour de l’acte créatif sous l’œil du Grand Poète Paul Valéry qui, de son piedestal, commente de tout son cœur, et sous le regard passionné du Chœur des Poètes et du Chœur des Peintres, les événements bons ou mauvais, l’amour, la maladie, le suicide et la mort.

Un texte dense, une pièce avec Chœurs et Chef d’Orchestre en un acte et quatorze scènes. Un texte à lire et à jouer. Une mise en scène pour rêver riche en didascalies : c’est la première pièce de théâtre écrite par Yves Saget.

Description

L’atelier

Dans la pièce, une grande baie vitrée. Eclairage tamisé, ambiance lugubre. Sur la gauche, au fond, des tableaux au mur, des moulins, sur le devant plusieurs chevalets, plusieurs tables portant un grand nombre de tableaux, des établis, des pinceaux, des palettes, des pots et tubes de diverses peintures : tout est vieux, abîmé.
A droite, au mur, une bibliothèque avec beaucoup de livres de poche. Sur le devant, une table avec un gros livre soigneusement exposé «L’œuvre poétique» ! Au sol ou dans une malle, des articles de journaux, un presse – book.
Le chœur est composé d’une dizaine de personnages, certains, les poètes, portent des chapeaux – melon, d’autres, les peintres sont affublés de la blouse de travail. A l’écart du groupe, installé sur un balcon, le poète Paul Valéry.
Scène 1 : Le Chœur des Peintres, Paul Valéry

L’un : (Se levant lentement de l’amas des peintres) Oh ! Misère de nos misères ! Pourquoi est-ce arrivé ?

Paul Valéry : Nos vrais ennemis sont silencieux.

Un autre : Oui, pourquoi a-t-il fallu qu’après tant d’années…

Le Chœur : Tant de jours et de mois et de …

Paul Valéry : Que si le moi est haïssable, aimer son prochain comme soi – même devient une atroce ironie.

L’un : D’ivresse et de bonheur !

L’autre : De bonheur, de tendresse …

Un autre : Et parfois de colère, d’engueulade, de découragement…

Le Chœur : De colère, d’engueulades, de découragement!

Paul Valéry : Savourer l’injustice. L’injustice est un amer qui redonne du goût à la solitude, aiguise l’appétit de séparation et de singularité, ouvre à l’esprit ses profondes voies, qui vont à l’unique et à l’inaccessible.

Un autre encore : Que de haine, de sublime, d’impétuosité !

Le Chœur : D’une impétueuse et sublime haine ?

Le même : Qui se meut d’un mouvement violent et rapide !

Le Chœur : rapidité et violence agitées !

Paul Valéry : Après tout, cette misérable vie ne vaut pas que l’on sacrifie l’être au paraître, quand on sait aux yeux de qui, à quels yeux il faut paraître.

Le même : Emporté, fougueux, véhément !

Le Chœur : Emporté, fougueux, véhément !

Paul Valéry : Il faut aimer ses ennemis. J’aime ceux qui m’animent, et ceux que j’anime. Nos ennemis nous animent. A chaque instant, l’âme de l’instant nous vient de l’extérieur.

Le même : Ardent, bouillant, effréné, emporté, endiablé !

Le Chœur : Emporté, endiablé !

Paul Valéry : Il y a certaines courbures dans la fibre du temps de la vie qui conduisent insensiblement de l’impossible au réel et de l’inconcevable à l’accompli.

Un seul : Endiablé ! Endiablé !

Le même : Oui, endiablé ! Il avait la fougue, la vivacité extrême, la nature de ce qui est impétueux, pétulant, vif, l’impétuosité de l’eau dévalant la montagne !

Le Chœur : Comme l’eau dévale la montagne !

Paul Valéry : Tout ce que l’on dit de nous est faux ; mais pas plus faux que ce que nous en pensons. – Mais d’un autre faux.

Le même : Impétuosité, du latin « impetuosus », de « impetus », impulsion !

Le Chœur : Il avait l’impulsion ! Il avait l’impulsion !

L’un : (avance lentement à l’avant-scène, s’agenouille dans une position de prière) Et maintenant ?

Le Chœur : Oui, maintenant ?

Paul Valéry : On ne devient vraiment intimes qu’entre gens du même degré de discrétion. Le reste, caractère, culture et goûts importe peu. L’intimité véritable repose sur le sens mutuel des pudenda et des tacenda. C’est par quoi elle permet une incroyable liberté ; tout le reste peut être dit.

Le même : Et maintenant ? Alzheimer ! Vous connaissez, la saloperie d’Alzheimer ?

Le Chœur : Alzheimer ? Non !

Paul Valéry : Il y a, dans les relations qui se font intimes entre gens délicats, ce mélange extraordinaire de la crainte de n’être pas compris avec la terreur d’être compris. – Il faut me comprendre, sans m’offrir dans votre regard l’idée d’un homme qui s’est expliqué. N’oubliez pas que je me vois dans votre attitude, et je n’y veux rien voir d’insupportable. Votre silence soit un miroir sans défauts.

Le même : La maladie d’Alzheimer d’origine abiotrophique qui vous ratatine le cerveau après quarante ans !

Le Chœur : Oh ! Temps de temps !

Le même : Qui vous fait oublier tout, jusqu’à votre propre nom, et celui de votre père et de votre mère !

Le Chœur : Celui de votre père, celui de votre mère…

L’un : Votre père qui êtes aux cieux …

Paul Valéry : Cache ton Dieu. Il ne faut point attaquer les autres, mais leurs dieux. Il faut frapper les dieux de l’ennemi. Mais d’abord il faut donc les découvrir. Leurs véritables dieux, les hommes les cachent avec soin.

Le même : Qui vous mène à la sénilité, à la débilité, et vous tremblez, et vous vous agitez comme une vieille chaussette, sans cesse, irrémédiablement !

Le Chœur : Vous tremblez comme une vieille chaussette ! Vous tremblez comme une vieille chaussette ! Irrémédiablement !

L’un : Et Lui aussi ?

Le même : Et Lui aussi il est parti ce matin. Après l’enterrement, il est allé s’enfermer dans une clinique spécialisée en gérontologie !

Le Chœur : Notre Maître est parti se faire hospitaliser !

Paul Valéry : Les véritables secrets d’un être lui sont plus secrets qu’ils ne le sont à autrui.

Le même : Pour toujours !

Un autre : Pour mourir !

Un autre encore : On ne le verra plus ?

Le Chœur : On ne le verra plus !

Encore un autre : Comme l’autre ?

Paul Valéry : Le secret d’un homme d’esprit est moins secret que le secret d’un sot.

L’un : Quel gâchis !

Le Chœur : Quel gâchis ! Quel gâchis !

Paul Valéry : Les sots croient que plaisanter, c’est ne pas être sérieux, et qu’un jeu de mots n’est pas une réponse. Pourquoi cette conviction chez eux ? C’est qu’il est de leur intérêt qu’il en soit ainsi. C’est raison d’Etat, il y va de leur existence.

L’un : Que nous reste-t-il de lui ?

Le Chœur : De lui, il nous reste l’œuvre !

Paul Valéry : Tout a recours au cerveau. Le monde pour être et se reconnaître tant soit peu ; l’ Être pour se rejoindre, se communiquer, et se compliquer. – Le cerveau humain est un lieu où le monde se pique et se pince pour s’assurer qu’il existe. L’homme pense, donc je suis, dit l’Univers. la pensée est comme un geste ou un acte plus ou moins prompt ; plus ou moins différé ou échappé ; geste de cet être qui a pour membre et pour parties toutes choses possibles ; pour articulations et domaines de ses actes, le temps ; pour frontière et terres interdites, le réel.

(Noir)

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