Vers ailleurs

15,00

 

Vers ailleurs présente un être déçu et sans illusion qui va chercher tout au long d’un périple à moto et au hasard de rencontres insolites, un bonheur difficile à conquérir et qui tente de lui échapper.
Ce roman évoque aussi des paysages, des véhicules aux légendes surannées et des gonzesses sublimées.

Extraits:

« A ce moment là, je pensai que le vent est comme une rencontre, parfois il caresse la peau et parfois il renverse. »

« Une fois installés, nous allâmes marcher le long des falaises. Des dizaines de lumières scintillaient sur la mer. Comme dans un miroir, elle semblait refléter le ciel. Je dormis enfoui dans ses cheveux et, au réveil, j’eus la grisante impression d’être au sommet du monde, de faire du vélo sans les mains.  »

Vers ailleurs est illustré avec complicité par 25 pastels au plus près du texte.

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Description

Préface

 

     Ce récit, imaginé dans une période particulièrement difficile est mis en œuvre au départ à des fins thérapeutiques.

Pensé pour soulager, j’ai peu à peu pris goût à le poursuivre et le romancer. Jamais je n’aurais eu l’ambition d’en faire quelque chose.

Un an plus tard, c’est lors d’un séjour à la clinique que je fais une rencontre inespérée qui va inscrire ce texte dans un projet impulsé par mon ami Yves Saget. Grâce à ses talents d’artiste couteau suisse (peintre, poète, romancier, musicien) et d’éditeur, nous donnons vie à ce voyage illustré.

Si les tourments de la maladie sont toujours présents aujourd’hui, Yves m’a porté vers la félicité de ce moment partagé.

Emmanuel

 

 

Dans la vie, il est des rencontres fortuites qui n’auraient jamais dû se produire… Un accident, une période noire, un lieu de soin et l’un découvre l’autre au hasard d’une discussion.

– Moi, j’écris et je peins !

– Et moi j’ai rédigé un roman…

Passée la première surprise, l’on se retrouve autour d’une table de la grande salle commune, et l’ordinateur permet de visualiser les publications de l’un. L’autre propose la semaine suivante le roman à lire sous forme de feuillets papier machine. Après une première lecture nait la proposition.

– Si tu veux, je peux publier ton roman dans ma maison d’édition à condition que je participe en te proposant de l’illustrer. Je peux réaliser des pastels.

Il n’en faut guère plus pour que naisse le projet. Les deux compères se retrouvent, toujours dans la grande salle commune, et relisent ensemble le texte.

– Ici, je verrais bien l’image d’une route enneigée…

– Moi, je peux te faire là une maison de maître pour ce paragraphe…

– Voilà je peux te proposer vingt-cinq idées d’illustration. Il n’y a plus qu’à les choisir…

La semaine suivante, une autre rencontre chez l’un des deux pour montrer les images choisies. Après un échange et quelques modifications, le choix commun est fixé. Il n’y a plus qu’à réaliser les pastels.

Je me suis attelé à la tâche, en trouvant le modèle des esquisses sur le Net. Deux à trois mois plus tard, nouvelle rencontre pour montrer au camarade les premiers pastels. Petite appréhension, est-ce que ça va lui plaire ?

– Tes mains sont un peu rouges… Elles ont pris un coup de soleil ?

Retour à la maison, puis retouche de certaines illustrations. Jusqu’à fin février, où le travail est achevé. Plusieurs autres retrouvailles pour la mise en forme du texte et l’inclusion des images, et le tour est joué.

Manu et moi sommes heureux de présenter ce roman totalement illustré et qui nous a donné beaucoup de plaisir à le réaliser.

Nous vous souhaitons une agréable lecture…

 

Yves Saget

 

Extraits

 

 

« … Depuis que Marc a perdu son combat, dort au fond du garage une BMW R100R en piteux état, momifiée par la poussière. Ses héritiers s’apprêtaient à la céder à un fabricant de conserves. Je ne pouvais concevoir la chose, c’était là une seconde incinération de mon pote. Je voyais dans l’engin l’opportunité de garder auprès de moi une partie de lui, impérissable. Quelques milliers d’euros plus tard, la R100R, passée par les mains d’or d’un artiste, vrombissait à nouveau avec ce mouvement de balancier caractéristique du flat-twin. J’avais donné les grandes lignes de la métamorphose. Le résultat, proche de l’original, laissait entendre le bruit de la vie.

Un matin que le gel jurassien n’avait pas épargné, pétri d’angoisses indélébiles, minimum vital dans la musette, j’enfourche la vieille dame avec respect, carte bleue dans le cuir, sac de couchage, tente et quelques affaires ficelés sur l’arrière de la selle. Je retrouve la route, ma compagne de l’extrême, trois priorités en tête : partir, rouler, fuir. Direction vers ailleurs, tenter de vivre à nouveau, tel était mon but. Je ne me faisais aucune illusion sur l’issue d’une mission que je sentais impossible mais un je-ne-sais-quoi, comme une urgence, un dernier  souffle, une respiration ultime me poussait à effectuer le voyage de la dernière chance. Bien que contrariée par la vivacité d’un matin glacé, la vieille dame, conciliante, répondit présente à plusieurs pressions du pouce sur le démarreur, starter à fond. Nous avons disparus dans un nuage de fumée blanche et de brume mêlés, plein ouest, les rayons du soleil réchauffant mon échine. Je cherchais la lumière et lui tournait le dos : c’était pas gagné… »

 

 

« …Je maintenais une moyenne convenable à 4000 tours/mn soit 105 km/h sur une cinquième caractérielle et bien trop courte. Plus poussé, le moteur transmettait des vibrations jusque dans mon corps pris alors d’un autre type de transe que je qualifiais du seul mot venant à mon esprit : parkinsonienne.

La jauge de carburant descendait plus vite que ne passaient les kilomètres. A vieille mécanique, grande consommation, grande émanation de mauvais gaz probablement. Avec un sentiment coupable, je regardais la nature, lui promettant qu’une fois le terme de mes errances en vue, j’avalerais la clef de contact et me consacrerais uniquement à son bien-être. C’est étonnant comme les intensions sont louables dans l’esprit des hommes, au début. Mais après, quel gâchis ! Je me mis à gamberger sur les changements destructeurs d’idées et d’opinions qui s’opéraient chez ceux qui nous gouvernent, religieux ou non. Au bout d’une heure de sueurs froides sur des routes passablement glissantes, je ne sentais plus mes genoux, premiers exposés au frimas. Mes mains semblaient des pinces serrées mécaniquement sur les poignées du guidon.

La moto opportunément assoiffée au moment où, frigorifié, je ressentais un besoin intense de café, justifia un arrêt. Une station aux abords d’un hangar en tôles blanches et orangées, délavées, sensé stocker des denrées propres à nourrir l’humanité locale s’imposa. Pour me réchauffer, je me mis à trottiner sur le parking parmi les voitures venues, contre leur gré, faire collusion avec leurs propriétaires consommateurs désabusés. Je me plantai devant la vitrine d’une concession motos et Marcel Proust se rappela à moi « le désir fleurit, la possession flétrit toute chose « .       Quelques instants plus tard, le flat repartit sans broncher. Il était à bonne température. Vers midi, mon horloge biologique s’invita dans les pensées du moment. Il fallait manger, boire, pour survivre.

Au prochain troquet, je prendrais un ou deux sandwiches, de la bière, une seule, et le café, indispensable. Dans un patelin au fin fond de la Bourgogne, je poussai la porte du Gissé. JC… je souris : ces initiales me rappelaient l’inénarrable Jean-Claude Duce dans les films « Les bronzés ». Une vision surréaliste vint conforter mon humeur potache. Derrière le bar, le serveur ou le patron portait une frange qui atteignait la moitié de son arête nasale. Comme je le saluai d’un bonjour en me pinçant les lèvres pour ne pas éclater de rire, il la souleva pour observer l’arrivant avant d’émettre une sorte de grognement ou plutôt un raclement sorti d’une bouche qui n’avait certainement jamais tremblée devant une roulette…. »

 

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